Contenu

L’hôtel de la préfecture

 
Cour d’honneur de l’hôtel de préfecture

Première construction d’envergure de La Réunion au XVIIIe siècles , le bâtiment accueille tout d’abord la Compagnie des Indes avant de devenir, en 1770, l’hôtel du Gouvernement. En 1970, il devient le premier édifice classé monument historique de la Réunion.

 

Au cours des années 1720-1730, le café devient la principale culture d’exportation de Bourbon. Dès lors, la Compagnie des Indes consent enfin à financer la construction d’entrepôts en pierres destinés à abriter la précieuse marchandise avant son embarquement.

Les travaux du magasin de Saint-Denis débutent en 1728 sur les plans de Grainville, puis de Jean-François Charpentier de Cossigny, ingénieur du Roi. Mais l’absence d’ouvriers qualifiés dans l’île retarde le chantier. A partir de 1735, ils avancent plus rapidement sous la direction de l’ingénieur Sornay, responsable du chantier de 1735 à 1739 et auteur d’un nouveau plan, réalisé à la suite des directives données par le gouverneur Bertrand François Mahé de La Bourdonnais? : le magasin devient la Loge de Saint-Denis, résidence officielle des gouverneurs.

C’est la première construction publique de grande envergure sur l’île, tout à la fois entrepôt, bureaux et logement de fonction pour les administrateurs de la Compagnie des Indes et forteresse. Durant tout le XVIIIe siècle, la masse sobre et imposante de son architecture, composée de quatre ailes entourant une cour, ses toitures terrasses en argamasse, domine le front de mer dionysien.

La fin des ambitions françaises en Inde ruine la Compagnie des Indes : en 1764, les îles de l’océan Indien sont vendues au roi Louis XV, qui y nomme de nouveaux administrateurs.

Au cours des années 1770, la Loge devient l’hôtel du gouvernement. Le bâtiment, restauré, s’ouvre plus largement sur la mer, après la suppression de l’aile nord, remplacée par une grille. Des toitures en formes de carènes de bateaux se substituent aux toitures argamassées. Les modifications apportées, donnent naissance à une résidence officielle de prestige en forme de « U », sur le modèle des hôtels particuliers parisiens ou des château de la noblesse française. Elle symbolise le pouvoir central dans la colonie.

Durant la Révolution française, le bâtiment n’est guère entretenu. De nouveau, au début du XIXe siècle, d’importants travaux sont nécessaires pour le remettre en état. Cette tâche est confiée en 1822 à l’ingénieur Jean-François Gaudin qui bouleverse la physionomie de l’édifice : construction d’un avantcorps dominé par un dôme terminé par un belvédère, modification du profil des toitures dont le profil est dorénavant « à la française « et renforcement des varangues par des piliers de style néoclassique. Au début des années 1830, la vieille Loge de Mahé de La Bourdonnais présente l’aspect d’un bâtiment officiel flambant neuf, dont le jardin est agrandi vers la mer en 1841.

Durant la seconde moitié du XIXème siècle, peu de modifications importantes sont apportées à l’édifice. En 1948, la propriété du monument est attribuée au tout jeune département de La Réunion qui le laisse à la disposition des préfets.

Dès 1951, le préfet Béchoff demande à l’architecte départemental Jean Hébrard la modernisation de l’édifice, à l’origine de la physionomie actuelle du bâtiment : suppression du dôme et du belvédère au-dessus du fronton, création le long de la façade sud d’une galerie de style néoclassique afin de magnifier cette partie de l’édifice. Les travaux de restauration sont progressivement menés durant les années 1950-1960 et terminés vers 1970, année durant laquelle il devient le premier édifice classé monument historique de La Réunion.

Bernard Leveneur
Directeur du Musée Léon Dierx