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Apprendre à connaître et vivre avec le risque plutôt que l’ignorer

 
 

La présence de requins constitue l’une des caractéristiques de l’histoire du littoral de l’île de La Réunion et des États riverains de l’océan Indien en général. Cette situation a donné lieu à plusieurs accidents impliquant des espèces potentiellement dangereuses pour l’homme (requins bouledogues et tigres en particulier). L’année 2011 a constitué une année charnière dans la prise en compte du risque requin à La Réunion : plusieurs attaques sans précédent, impliquant principalement les pratiquants des « sports de glisse » se sont succédées en quelques mois, entraînant un nombre particulièrement élevé de décès et de blessures graves. Les caractéristiques de ces attaques, et notamment leur localisation exclusive sur la façade Ouest de La Réunion, zone préférentielle pour des activités nautiques en plein essor, ont bouleversé les références connues, entraînant la nécessité d’agir résolument face à un risque d’une dimension nouvelle.

Face à l’augmentation sans précédent du risque d’attaque sur le littoral de La Réunion, l’État met en œuvre un plan gouvernemental dénommé "Pour une politique active de prévention du risque requin". Ce plan prévoit une série de mesures résultant des expérimentations menées par les acteurs concernés, dans le contexte spécifique de La Réunion. Au plan opérationnel, ces mesures visent à former des "barrières de protection successives face au risque requin". Outre la participation au financements nécessaires à la mise en place des Zones d’expérimentation opérationnelle, le plan agit sur l’aléa que constitue la présence possible des requins aux abords des zones d’activités nautiques par le recours à une pêche sélective des seules espèces potentiellement dangereuses pour l’homme. Le plan gouvernemental prévoit également, dans le prolongement de l’étude CHARC ("Connaissance de l’habitat des requins côtiers à La Réunion") conduite entre 2012 et 2015, la poursuite des actions d’amélioration des connaissances contribuant à la réduction du risque. Sur la période 2015-2020, 1 Millions d’€ par an sont consacrés par l’Etat pour la mise en oeuvre de ce plan engagé avec l’appui des collectivités locales (Région et Communes) et des fonds européens.


Apprendre à connaître et vivre avec le risque plutôt que l’ignorerSommaire

La recrudescence des attaques de requins a conduit les pouvoirs publics, dès le milieu de l’année 2011 à poser les bases d’une stratégie globale de compréhension puis de gestion du risque requin à La Réunion. Cette démarche novatrice a été lancée dans le cadre d’une table ronde réunie le 25 juillet 2011 à Saint-Paul, ouverte à tous ceux souhaitant s’associer à la réflexion : services de l’État, collectivités territoriales, associations, fédérations sportives, établissements scientifiques, pratiquants de diverses activités, commerçants, société civile…

Plusieurs ateliers de concertation ont été mis en place dans la foulée de cette table ronde, afin de mieux appréhender le risque requin et apporter une première série de réponses immédiates.

Face au constat du caractère très lacunaire des connaissances scientifiques sur les espèces de requins le plus souvent impliquées dans les attaques (bouledogue et tigre) et sur leur comportement, la nécessité du lancement d’une ambitieuse étude scientifique s’est notamment imposée. Lancée en fin d’année 2011 pour une durée de 3 années, l’étude CHARC permet aujourd’hui de disposer de clés essentielles pour la compréhension du comportement des requins et l’identification des facteurs favorisant la présence et le risque d’attaques.

Simultanément, une première série de mesures opérationnelles visant à la fois à développer rapidement l’information des populations et la prévention du risque, et à garantir la réactivité de la chaîne des gestion des secours ont été conduites par l’État et les collectivités locales. C’est ainsi qu’une signalétique spécifique dédiée au risque requin a été mise en place à la fois sur les zones de pratique des activités nautiques, et aux abords des secteurs les plus sensibles. C’est également dans ce contexte que les premiers filets de protection des zones de baignade situées en plein océan ont été installés sur le littoral de la Commune de Saint-Paul. Mis en place dans un premier temps sur la plage fréquentée des Roches Noires, ces nouveaux équipements ont également été posés sur la plage de Boucan-Canot, puis sur la zone de baignade surveillée de la commune d’Etang-Salé.

Une démarche qui s’est poursuivie et approfondie Sommaire

En complément de ces mesures adoptées en urgence, plusieurs actions ont été successivement engagées afin d’agir sur plusieurs leviers permettant une réduction du risque requin :

Mesures à caractère réglementaire
Un arrêté préfectoral encadrant le rejet des déchets de poissons en bande côtière, pratique potentiellement attractive pour les requins, est en vigueur depuis juillet 2013. Applicable à la pêche professionnelle et de plaisance, il prévoit qu’aucun rejet n’est possible à une distance inférieure à 2,5 milles des côtes (environ 4 kilomètres).
Une réflexion sur les mesures à prendre à la suite d’une attaque a été conduite avec les acteurs, aboutissant à la mise en place d’un cadre réglementaire prévoyant la réalisation d’opérations de capture de requins dans un espace et sur une période limités en cas d’attaque.

Mise en place d’un dispositif de centralisation et de redistribution rapide des observations de requins
Une procédure spécifique de partage en temps réel des observations de requins a été instaurée. Le Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage de La Réunion (CROSS), structure assurant une veille permanente dans le domaine maritime, recueille l’ensemble des observations de requins portées à sa connaissance, puis assure leur redistribution immédiate auprès de l’ensemble des acteurs concernés (usagers de la mer, services de surveillance et de secours, organismes scientifiques…).

Soutien aux démarches innovantes
Dans le cadre des recommandations formulées lors du séminaire Biotope, le conseil régional a mis en place un régime d’aide spécifique visant à soutenir les solutions innovantes susceptibles de permettre de limiter les risques d’attaques : répulsifs acoustiques ou électriques, caméras sous-marines, surveillance aérienne…

Prévention opérationnelle
Un recours important aux emplois aidés a été mis en œuvre pour améliorer la surveillance et la prévention opérationnelle. Ces emplois ont été mobilisés pour renforcer les effectifs de certains postes MNS par des « observateurs requins ». Ils ont également permis d’appuyer la première phase de l’initiative « Vigies requins », et de soutenir certaines initiatives associatives tels que le dispositif des « médiateurs de surveillance et de prévention » porté par l’association Prévention Requins Réunion. Un soutien a parallèlement été apporté aux acteurs pour l’acquisition de moyens nautiques et de divers équipements.

Valorisation des captures
Afin de permettre une éventuelle reprise de la commercialisation de plusieurs espèces de poissons, parmi lesquelles les requins bouledogue et tigre, espèces non protégées et dont la pêche n’est pas interdite, il a été décidé de mener une campagne de prélèvement visant à mesurer l’atteinte de ces espèces par certaines bio-toxines marines. Le dispositif a donné lieu au prélèvement d’une première série de 24 requins tigre et bouledogue (espèces impliquées dans les attaques), suivie d’une seconde série de 90 requins, toujours en cours. Les conclusions intermédiaires de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), recommandant, au regard des premières analyses et des connaissances disponibles à ce stade, le maintien de l’interdiction de commercialisation à des fins de consommation humaine, a entraîné une réorientation du programme sur d’autres perspectives de valorisation scientifique et économique des captures de requins bouledogues et tigres.

Information élargie
L’information relative au risque requin a été élargie avec la mise en place d’un site internet dédié : info-requin.re. Ce site permet la publication d’informations préventives régulièrement actualisées (rapports, réglementation applicable, signalements de requins, suivi des opérations…). Une mention spécifique relative au risque requin est insérée dans le message de prévention diffusé à bord des avions à destination de La Réunion.

Instaurer un dispositif de gouvernance stratégique et opérationnel
Deux instances de pilotage ont été instaurées :

  • Le comité réunionnais de réduction du risque requins (C4R)  : instauré par arrêté préfectoral, ce comité rassemble l’ensemble des acteurs concernés : les maires et les collectivités territoriales, les représentants des usagers de la mer, les associations environnementales, les acteurs économiques, les scientifiques ainsi que des personnalités qualifiées. Il permet de débattre des grandes orientations stratégiques, et d’évaluer l’effet des actions engagées.
  • La cellule opérationnelle de réduction du risque requins (CO4R)  : animée par les services de l’État elle réunissait régulièrement l’ensemble des acteurs déployant des « actions de terrain » face au risque (calendrier et zonage des opérations, état d’avancement des projets…).